PRESSIONS

Saison 1 - épisode 05

par Miranda Wolf
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Il était juste huit heures trente lorsque Lauren Walters franchit les portes du building fédéral ; elle passa sous le portique de détection et appela l'ascenseur pour se rendre au cinquième étage. De nombreux jours s'étaient écoulés depuis sa première visite, et si au début elle avait été étourdie par l'immensité du bâtiment, elle commençait maintenant à connaître l'endroit par cœur. En vérité, elle aurait même préféré pouvoir oublier quelque temps la disposition des lieux. L'immeuble fédéral lui rappelait un peu trop précisément la menace qui planait sur Kathy, et par conséquent sur elle-même. Mais il lui fallait bien admettre que l'impression de danger qu'elle éprouvait la quittait rarement, même lorsqu'elle rentrait chez elle ; le moindre bruit inhabituel, la moindre ombre insolite parvenaient à la faire sursauter, et son sommeil devenait de plus en plus léger.
Lorsqu'elle arriva à l'étage voulu, Lauren prit la direction qui menait au bureau de Patricia Hartling ; elle fut surprise de ne pas y découvrir l'agent fédéral, et son étonnement s'accrut encore lorsqu'elle réalisa que Kathy était également absente.
Elle franchit le seuil de la pièce, ne sachant pas ce qu'elle devait en penser, ni comment elle devait réagir ; une veste, abandonnée sur le dossier d'une chaise, indiquait que l'agent Hartling était déjà arrivée. Les clefs de voiture posées sur un meuble, près du téléphone, prouvaient également qu'elle n'avait pas été obligée de s'absenter précipitamment.
Lauren fit demi-tour, essayant de ne pas céder à l'angoisse qui menaçait de l'envahir. Dans sa hâte, elle manqua d'éborgner quelqu'un qui venait en sens inverse. Elle recula d'un pas pour s'excuser auprès de celui qui avait fait les frais de son empressement…et reconnut David Shelton, qui tenait un gobelet dans une main et une viennoiserie dans l'autre.
" Où sont-elles ? ", lui demanda-t-elle immédiatement, sans même songer à le saluer.
Il l'interrogea du regard : " Qui ça ?
- Kathy, et aussi l'agent Hartling. Il n'y a personne dans ce bureau, mais elles devraient déjà être là…
- Calmez-vous : elles sont seulement au sous-sol. "
Lauren le dévisagea avec incompréhension : " Au sous-sol ? Vous êtes sûr ?
- J'en suis même certain : je les ai croisées en arrivant. L'agent Hartling a décidé de soumettre Kathy à quelques tests.
- Des tests de quel genre ?
- Rien de bien méchant : elle voudrait évaluer sa résistance physique, pour commencer. " Il observa un instant sa réaction et lui sourit : " Ne vous inquiétez pas : Kathy semblait en pleine forme, quand je l'ai vue.
- Je n'aime pas la façon dont ils la traitent. ", lui confia-t-elle en prenant place sur une chaise, face au bureau de Patricia Hartling. " On dirait qu'elle n'est pour eux qu'un animal de laboratoire, ou une curiosité de la nature…
- Je sais que ce n'est pas plaisant, mais leur attitude est pourtant compréhensible. Et puis plus nous en saurons sur Kathy, et plus nous serons capables de l'aider. " Il marqua une pause et jeta sa timbale vide dans la poubelle située près de la porte : " Vous devriez essayer de prendre un peu de repos. ", lui conseilla-t-il finalement. " Ça ne vous ferait pas de mal.
- Je pourrais sûrement vous dire la même chose. ", remarqua-t-elle en esquissant un sourire. " Vous ne donnez pas non plus l'impression d'être très détendu. "
Il ne chercha pas à démentir : " C'est vrai que j'ai certainement connu des jours meilleurs. ", approuva-t-il seulement en s'asseyant à son tour. " Je n'aurais jamais imaginé que Jason puisse se laisser acheter aussi facilement. ", avoua-t-il après avoir observé quelques secondes de silence. " J'ai toujours admiré son parcours, je l'ai toujours considéré comme un ami fiable et un flic irréprochable…et manifestement, je m'étais trompé sur toute la ligne.
- Vous n'avez pas de reproches à vous faire. ", lui assura son interlocutrice. " Et il nous a tout de même laissé la possibilité de nous enfuir ; ça prouve bien qu'il n'est pas entièrement de leur côté.
- Pas encore. ", rectifia amèrement David. " Mais ça ne saurait tarder. "

Jason Barlow venait juste de terminer son petit-déjeuner lorsque la sonnerie de la porte d'entrée retentit, impérieuse. Il resta un long moment immobile, le cœur battant ; désormais, il n'arrivait plus à contrôler sa peur. La crainte le suivait comme son ombre, ne lui laissant pas une seule minute de répit. Il avait beau essayer de la repousser, rien n'y faisait : elle ne le quittait jamais. Mais même cette appréhension permanente n'était rien comparée au profond dégoût qu'il éprouvait pour lui-même. Il n'arrivait pas à comprendre sa faiblesse, et il ne parvenait pas non plus à l'affronter. Curieusement, il ne cessait de penser à sa mère, et à la façon dont elle aurait interprété son attitude. Un peu avant sa mort, il lui avait promis de ne jamais imiter son père. " Je veux pouvoir dire à tous les copains que je retrouverai là-haut que mon fiston est quelqu'un de bien. ", lui avait-elle dit lors de leur dernière conversation. " Tu as toujours été ma plus grande fierté, Jason : j'espère que tu continueras à l'être, même quand je ne serai plus là pour te surveiller et te botter les fesses. "
Ces quelques phrases avaient calibré toute son existence : dans les moments de doute et de découragement, c'était toujours sa mère qu'il évoquait. Il s'accrochait à ses paroles, et il allait souvent se recueillir sur sa tombe pour retrouver la force de continuer. Il lui arrivait aussi fréquemment de fermer les yeux pour revoir son visage souriant, ses lourds cheveux tressés et son regard pétillant de malice et de vie : ainsi, il pouvait presque entendre le son de sa voix. Il se disait souvent que c'était grâce à sa mère qu'il avait réussi à se sortir d'une situation aussi précaire. Elle lui avait accordé tout son amour et sa confiance, et en échange, il avait fait ce qu'il fallait pour qu'elle puisse être fière de lui, même par-delà la mort.
Jusqu'à maintenant…
Il ne lui avait fallu que quelques jours pour tout gâcher ; quelques jours et quelques mots. Tous ses principes semblaient vides de sens, désormais. Il avait toujours eu peur de connaître une déchéance semblable à celle de son père, qui s'était progressivement retrouvé emprisonné dans le cercle infernal du chômage, de l'alcool et de la violence. Mais son père, à sa connaissance, n'avait jamais trahi personne.
La sonnette retentit à nouveau, par trois fois, et ce vacarme parvint à le tirer de ses pensées. Il sortit de la cuisine et ouvrit vivement la porte ; il recula d'un pas lorsqu'il se retrouva face à celui qui paraissait hanter tous ses cauchemars. Malgré tous ses efforts, la peur revenait au triple galop ; il sentit une main glacée le serrer à la gorge, tandis que le gros homme en costume sombre pénétrait dans l'appartement, escorté par deux autres individus qui devaient lui faire office de gardes du corps. L'homme retira lentement les lunettes de soleil aux verres fumés qu'il portait sur le nez, et ses petits yeux porcins scrutèrent le visage crispé de Jason : " Je vous croyais plus malin que cela, Monsieur Barlow. ", déclara-t-il simplement en guise d'introduction.
Sa voix était presque joviale, et on aurait pu croire qu'il était d'excellente humeur. Son regard accusateur et ses traits implacables signalaient pourtant qu'il n'en était rien. Malgré ses airs affables, il était sans nul doute furieux.
" J'ai fait tout ce que j'ai pu. ", répondit Jason, tentant de maîtriser ses nerfs.
L'autre fronça les sourcils : " Vraiment ? Ce n'est pourtant pas l'impression que ça donne.
- Je n'ai rien vu arriver. ", assura-t-il encore, essayant d'affermir son ton.
Son interlocuteur avança d'un pas ; il était si proche que Jason pouvait presque sentir son souffle sur son visage.
" Ne vous a-t-on jamais dit qu'il est dangereux de trop jouer avec le feu, Monsieur Barlow ? ", lui demanda-t-il plus sèchement. " Continuez à vous moquer de nous, et vous tomberez dans des flammes qui n'auront rien à envier à celles des Enfers. Et toute votre charmante famille vous accompagnera dans la chute. " L'homme se détourna subitement de Jason et s'approcha d'une commode sur laquelle étaient disposées de nombreuses photographies. Il saisit l'un des cadres au hasard et caressa du doigt la surface vitrée qui protégeait le cliché : " Vous avez de la chance : vos enfants sont brillants. Ils vous aiment beaucoup, n'est-ce pas ? Ce serait vraiment dommage de tout gâcher bêtement, vous ne trouvez pas ? Kevin et Marlene ne méritent sûrement pas ce sacrifice ! "
Jason tressaillit malgré lui en entendant l'homme appeler ses enfants par leurs prénoms, et l'individu dévoila ses dents de squale, assurément ravi de son effet : " Je sais très bien que vous avez fait ce qu'il fallait pour que votre coéquipier puisse s'échapper, Monsieur Barlow. Qui pensiez-vous berner, avec votre mise en scène ?
- En quoi est-ce important ? ", répliqua Jason, lui-même impressionné par sa brusque audace. " C'était un piège : la petite n'était pas avec eux. Ils n'auraient pas pu vous être utiles. "
Le sourire se fit plus cruel, presque sardonique : " Croyez-vous vraiment être en mesure de prendre seul ce type d'initiative ? N'oubliez pas que c'est à moi de distribuer les cartes dans ce jeu, et à moi seul ! Veillez à ne jamais plus recommencer ce genre de farce : si ça devait se reproduire, vos enfants en paieraient le prix. Et je peux vous certifier qu'il serait élevé.", assura-t-il en remettant le cadre à sa place sur le meuble.
" Mais David ne peut plus me faire confiance. ", riposta Jason. " Comment pourrais-je vous aider, maintenant ?
- C'est votre problème. ", rétorqua le gros homme. " Nous avions un marché, et il ne sera rempli que lorsque vous m'aurez rapporté ce que je veux. J'ai été très compréhensif, jusqu'à présent, mais ma patience a ses limites, et vous allez bientôt les franchir si vous ne vous reprenez pas rapidement. Ramenez-moi la gosse, et je laisserai toute votre gentille petite famille en paix ; essayez de vous retourner contre moi, et je vous garantis que vous aurez de bonnes raisons de le regretter. "
Il le jaugea encore un moment, puis il réajusta ses lunettes sur son nez et fit volte-face, toujours suivi par ses deux compagnons silencieux. La porte claqua derrière lui, et Jason s'appuya contre le mur, totalement accablé. Il ferma les yeux, et le visage de sa mère s'imposa immédiatement à lui ; contrairement à d'habitude, elle ne lui souriait pas. Il rouvrit rapidement les yeux pour chasser cette vision de son esprit, et il se laissa lentement glisser à terre, la tête dans les mains.
Jamais encore il ne s'était senti aussi misérable.

" C'est sidérant ! "
Cela faisait presque une heure que Patricia Hartling étudiait les performances de Kathy, et son étonnement allait en s'accentuant. Pour l'occasion, un petit laboratoire avait été aménagé dans le sous-sol du building, et une femme médecin supervisait les différents exercices tout en prenant des notes. La fillette avait enchaîne les manœuvres avec une facilité déconcertante, et les divers appareils de surveillance auxquels elle était reliée n'indiquaient aucune variation de son rythme cardiaque. La petite avait successivement pédalé sur un vélo d'appartement, couru sur un tapis roulant et grimpé à une corde, et elle ne présentait aucun signe de fatigue. Elle ne transpirait presque pas, et ses muscles ne paraissaient nullement souffrir de ces efforts pourtant excessifs.
Finalement, un signal sonore retentit, et la fillette s'arrêta aussitôt. Patricia l'observa un instant avant de se décider à pousser la porte pour aller à sa rencontre. Kathy la dévisagea avec un mélange de méfiance et de crainte ; visiblement, elle ne l'appréciait toujours pas.
" C'est bien, Kathy. ", lui dit-elle en tentant, sans grand succès, de la mettre en confiance. " Tu peux te reposer un peu, maintenant. On va te faire une piqûre, et on attendra une demi-heure avant de passer à d'autres choses moins fatigantes.
- Je ne veux pas de piqûre ! ", protesta Kathy, incontestablement effrayée.
" Ça ne te fera pas mal. ", lui assura Patricia, cherchant vainement à faire preuve de tact. " Cette piqûre permettra seulement à tes muscles de se détendre. Tu n'as aucune raison d'avoir peur. "
Mais la fillette secoua la tête avec obstination : " Je ne veux pas de piqûre ! ", répéta-t-elle d'une voix un peu plus tremblante. " Je n'aime pas ça ! "
Elle avait presque crié en prononçant ces mots, et la femme médecin, qui venait juste d'entrer dans la pièce, une seringue à la main, s'immobilisa immédiatement. Les yeux de Kathy se posèrent sur elle, et la fillette recula pour aller se plaquer contre la cloison, affolée. Patricia Hartling voulut s'approcher, cherchant une manière de bien gérer la situation : " Je t'assure que ça ne durera pas longtemps… "
Mais la petite ne voulut rien entendre : " Laissez-moi tranquille ! ", hurla-t-elle soudain. Et il y avait tant de colère dans sa voix que Patricia ne s'approcha pas davantage. Les joues de Kathy s'étaient empourprées, et elle serrait les poings, le dos collé au mur ; l'agent fédéral ne réalisa que tardivement que la température semblait avoir augmenté de plusieurs degrés dans la pièce. Elle saisit instantanément ce que cela signifiait : " Kathy, s'il te plait… Calme-toi. ", articula-t-elle en veillant à mettre une certaine distance entre elle et la fillette.
Mais il était trop tard, et elle le comprit lorsqu'elle croisa le regard terrifié de Kathy : d'un seul coup, une terrible vague de chaleur parut de déverser dans la salle ; la petite se raidit et poussa un hurlement de détresse, presque interminable : " Non ! " Ses muscles se contractèrent, une grimace de douleur se peignit sur sa figure, tandis qu'elle cherchait désespérément à enrayer le phénomène. Puis une boule d'énergie invisible mais pourtant bien réelle quitta son corps, et la selle du vélo d'appartement s'enflamma aussitôt, tandis que la fillette se laissait tomber à terre en pleurant. Patricia entendit la femme médecin pousser un cri de stupéfaction, et elle-même s'empressa de décrocher l'extincteur accroché dans un angle ; la mousse issue de l'appareil étouffa rapidement les flammes, mais l'odeur de brûlé, elle, ne disparut pas.
Patricia laissa tomber la bombonne et se détourna vivement du spectacle : " Ne bougez pas de là ! ", commanda-t-elle à la femme médecin, qui paraissait d'ailleurs trop secouée pour faire le moindre mouvement. " Restez avec elle, et ne la quittez surtout pas des yeux : je reviens dans cinq minutes ! "
Elle n'attendit pas de connaître la réaction de son interlocutrice et sortit de la pièce en courant ; le sous-sol du building n'était pas desservi par l'élévateur, et elle dut grimper une trentaine de marches avant d'atteindre le rez-de-chaussée. Elle ne s'accorda pas une seule seconde de repos et se hâta d'appeler l'ascenseur, sans se soucier des regards quelque peu interrogateurs que ses collègues posaient sur elle. Lorsque l'appareil s'arrêta au cinquième étage, Patricia fut obligée de pousser quelques personnes pour en sortir, et elle ne prit pas la peine de s'excuser, trouvant le moment peu approprié pour se concentrer sur une simple question de politesse. Elle traversa le couloir à la vitesse de l'éclair et surgit dans son bureau ; elle se félicita d'y découvrir Lauren Walters : " Suivez-moi ! ", lui ordonna-t-elle, à bout de souffle. " On a eu un problème ! "
Lauren se leva immédiatement, imitée par David, que Patricia ne semblait pas avoir remarqué : " Quel genre de problèmes ? ", lui demanda-t-il, inquiet.
L'agent Hartling s'obligea à se calmer : " Votre petite protégée a bien failli me faire rôtir ! ", lança-t-elle vivement. " Vous aviez oublié de me dire qu'elle a peur des piqûres !
- Comment ça ? ", s'étonna Lauren, sidérée. " Que s'est-il passé ?
- Je vous raconterai tout ça en bas ; pour le moment, il faut que quelqu'un essaie de la calmer, avant qu'elle ne décide de remettre le feu d'artifice ! "
Et Patricia Hartling fit demi-tour pour disparaître dans le couloir ; Lauren et David la suivirent sans perdre de temps, et ils se retrouvèrent bientôt au sous-sol. L'endroit ressemblait presque à un véritable laboratoire, et divers appareils étaient disposés dans la pièce ; David repéra également quelques caméras, qui servaient vraisemblablement à filmer les expériences. Il repensa brusquement à la peur quasiment incontrôlable que Kathy éprouvait à l'idée d'être enfermée, et il se dit qu'il n'était pas surprenant qu'elle ait paniqué dans un cadre aussi peu engageant.
La fillette s'était accroupie dans un coin, les genoux ramenés sous son menton, et elle avait dissimulé son visage dans ses bras. Ainsi positionnée, elle aurait presque pu donner l'impression de dormir, si elle avait réussi à maîtriser ses sanglots.
Lauren s'avança et s'arrêta un instant devant la selle carbonisée du vélo, médusée par cette scène surréaliste. Kathy releva alors lentement la tête : ses yeux étaient gonflés de larmes, et des mèches blondes s'étaient collées à ses joues ruisselantes.
" Je ne voulais pas. ", déclara-t-elle dans un murmure. " J'ai essayé d'arrêter…mais je n'ai pas pu. C'était trop dur. " Ses pleurs s'amplifièrent, et elle se recroquevilla sur elle-même, comme si elle espérait être en mesure de disparaître. Lauren se plaça à ses côtés : " Ce n'est pas grave, tu sais. ", lui dit-elle pour l'apaiser. " Tu n'as blessé personne : c'est le plus important…
- Mais j'ai failli le faire ! ", répondit la petite, presque hystérique. " J'ai vraiment failli le faire ! " Elle respira profondément, frotta ses paupières rougies et chuchota : " J'ai peur.
- Est-ce que tu sais pourquoi, Kathy ? Est-ce que tu peux me dire ce qui te fait peur ? "
Elle haussa doucement ses frêles épaules :
" Je suis dangereuse. Je peux faire du mal aux gens. Je suis méchante.
- Ce n'est pas vrai. ", démentit calmement la psychologue. " Et tu veux que je te dise pourquoi ? " La fillette la dévisagea un instant, interloquée, puis acquiesça lentement. Lauren l'attrapa par la main : " Quand une personne est vraiment méchante, elle fait exprès de faire du mal. Et moi, je sais que tu ne voulais pas que ça arrive. Je suis même certaine que tu as tout fait pour t'y opposer. Est-ce que j'ai tort ? "
Kathy secoua la tête : " J'ai voulu me calmer. Mais c'était trop tard.
- Alors rien de ce qui est arrivé n'est de ta faute, Kathy. Et tu n'es pas méchante. Au contraire : tu es la petite fille la plus gentille que je connaisse. "
La fillette parvint à esquisser un faible sourire, et ses larmes se raréfièrent. Lauren laissa passer quelques secondes avant de reprendre la conversation : " Et maintenant, est-ce que tu peux me dire ce qui t'a mise en colère ? "
Le regard de Kathy se chargea de gravité : " Je ne voulais pas qu'on me fasse une piqûre. ", avoua-t-elle. " J'ai eu peur, alors je me suis énervée…
- Mais tu n'as pourtant rien dit quand Mona t'a fait une prise de sang, à l'hôpital…
- Ce n'était pas pareil. ", répondit-elle doucement.
" Et qu'est-ce qui était différent ? Est-ce que tu le sais ?
- Non… Mais je n'aime pas cet endroit.
- Est-ce qu'il te rappelle des choses désagréables, Kathy ? "
Elle haussa à nouveau les épaules, décontenancée par la question : " Je crois que je suis déjà allée dans un endroit comme ça. ", déclara-t-elle. Elle ne rajouta rien, et Lauren devina qu'elle ne pouvait pas développer davantage sa pensée. Elle se remit debout, et Kathy fit de même ; la jeune femme hésita avant de reprendre la parole, sur un ton plus enjoué : " Est-ce que tu aimerais qu'on aille se promener, toutes les deux ? "
Un vrai sourire transfigura le visage de sa jeune interlocutrice, et cette dernière ouvrit la bouche pour lui répondre, mais elle n'en eut pas l'opportunité : Patricia Hartling s'était approchée, et elle interpella vivement Lauren : " Je pourrais vous dire deux mots ? "
La psychologue lui fit signe de patienter et s'adressa de nouveau à Kathy : " Je n'en ai pas pour longtemps, c'est promis. "
La fillette ne broncha pas, mais elle lâcha son bras à contrecœur ; Lauren, elle, alla rejoindre David Shelton à l'autre bout de la pièce, suivie de près par Patricia. Celle-ci avait retrouvé tout son aplomb : " Ça vous aurait coûté cher de me parler de sa phobie des piqûres ? ", lança-t-elle à l'intention de la psychologue. " Un peu plus, et c'est moi qu'elle grillait !
- Qu'est-ce qui est arrivé ? ", s'enquit David.
" Elle a perdu les pédales quand j'ai mentionné cette fichue piqûre. ", lui apprit Patricia Hartling. " Elle s'est mise à crier, la température a grimpé en flèche…et voilà le résultat ! ", ajouta-t-elle, désignant la selle carbonisée et l'extincteur.
Le récit ne fut pas sans déconcerter David :
" Pourtant, elle n'a rien dit, pour la prise de sang…
- Sa réaction n'a pas été provoquée par la piqûre en elle-même. ", déclara Lauren. " En fait, la seringue n'a été que l'élément déclencheur.
- Comment ça ? "
L'agent Hartling ne comprenait pas ce qu'elle voulait lui expliquer, et cela semblait amplifier son agacement.
" Je crois que cet endroit lui a rappelé de mauvais souvenirs. ", lui expliqua Lauren. " Il ressemble peut-être à un aménagement qu'elle a connu et qui l'a terrifiée. C'est peut-être en voyant cette seringue que ses souvenirs ont voulu refaire surface…
- Ça expliquerait la violence de sa réaction. ", approuva David.
" Qu'est-ce qu'on doit faire ? ", questionna Patricia, déboussolée. " Vous disiez que sa mémoire était comme verrouillée, mais manifestement, la protection n'est pas parfaite. Est-ce qu'on ne pourrait pas essayer d'exploiter cette brèche ?
Peut-être que ça nous permettrait d'obtenir quelques informations…
- Je ne pense pas que ce soit une excellente idée. ", objecta Lauren. " Kathy a de plus en plus de mal à gérer son stress ; plus elle sera fatiguée, et moins elle parviendra à contrôler ses émotions. "
Patricia ne dissimula pas sa déception : " Qu'est-ce que vous proposez, alors ?
- Il faut qu'elle se change les idées. ", décréta l'interrogée. " Elle est restée enfermée trop longtemps…
- Est-ce que vous êtes en train de suggérer qu'il faudrait l'emmener en balade ? "
Selon toute évidence, l'agent Hartling était offusquée par ce simple projet. Lauren, pourtant, ne fléchit pas : " Une enfant de son âge ne peut pas rester éternellement cantonnée entre quatre murs. Cet isolement commence à lui peser davantage que vos interrogatoires et vos expériences.
- J'en suis consciente. Mais nous ne pouvons pas la laisser sortir.
- Pourquoi ? "
Patricia manqua de s'étouffer : " Pourquoi ? Vous osez me poser la question ? C'est une plaisanterie, j'espère ? Je pensais que vous étiez la mieux placée pour le comprendre !
- Je sais bien que Kathy intéresse beaucoup de monde, mais vous pourriez la protéger, non ?
- Cette histoire est déjà suffisamment dangereuse à mon goût. ", répliqua sèchement l'agent fédéral. " Je n'ai aucune envie d'augmenter les risques. "
Lauren ne parvint plus à maîtriser sa colère : " Les rats de laboratoire peuvent rester en cage ; pas les enfants. "
Patricia explosa à son tour : " Arrêtez avec ça, d'accord ! Je n'ai jamais dit que Kathy était un animal de foire !
- Peut-être, mais vous la traitez comme si c'était le cas !
- Je n'ai pas le choix. ", répliqua-t-elle, excédée.
" On a toujours le choix. ", fit remarquer Lauren, sans plus de délicatesse. " Vous ne tenez simplement pas à vous compromettre !
- Je n'ai surtout pas envie de bazarder une année entière de boulot ! Dois-je vous rappeler que cette gamine est actuellement le seul lien direct que nous ayons avec Athena ? Il est hors de question qu'elle sorte d'ici, vous entendez ?
Elle y restera tant qu'aucune autre solution n'aura été trouvée. Est-ce que c'est clair ?
- C'est même limpide. ", rétorqua froidement Lauren. Elle tourna le dos à l'agent fédéral et alla rejoindre Kathy ; elle lui prit la main, et toutes deux traversèrent silencieusement la salle et s'engagèrent dans les escaliers.
" Ce n'est pas possible ! ", maugréa Patricia Hartling, toujours furieuse. " C'est à croire qu'elle n'a toujours pas compris le danger que représente Athena ! "
David se doutait bien que la réflexion ne lui était pas destinée et que l'agent fédéral ne faisait qu'exprimer ses pensées à haute voix, mais il intervint malgré tout : " Je crois au contraire qu'elle en est pleinement consciente. ", remarqua-t-il.
Son interlocutrice releva vivement la tête : " Vraiment ? ", fit-elle, sortant son paquet de cigarettes. " Ce n'est pourtant pas l'impression que ça donne !
- Elle ne fait que s'inquiéter pour Kathy. Et dans un sens, je crois qu'elle n'a pas tort… "
Patricia Hartling poussa un soupir déchirant : " Bon sang ! Mais pourquoi a-t-il fallu que je vous permette de vous incruster, d'abord ? Vous ne faites que compliquer les choses…
- Et vous, vous dramatisez peut-être un peu trop la situation.
- Possible. Quand j'en aurai le temps, je demanderai à un psy de soigner ma paranoïa. Mais pour le moment, je suis un peu trop occupée pour ça.
- Ce que je veux dire, c'est qu'il y a peut-être un arrangement à trouver. ", poursuivit David, décidé à ne pas abandonner la discussion en route, malgré la mauvaise humeur manifeste de sa compagne. " D'accord, il serait trop risqué de laisser Kathy sortir en ville. Mais qu'est-ce que ça coûterait de la laisser se promener dans un parc ou un jardin public, durant ne serait-ce qu'une heure ?
- Vous êtes cinglés. ", commenta Patricia, découragée. " Vous avez tous les deux un grain. Transformez-vous en kamikazes si ça vous chante, mais par pitié, évitez de flanquer en l'air tout notre travail !
- Kathy ne vous sera d'aucune utilité si elle déprime. Lauren a raison : en la gardant enfermée, vous ne ferez qu'augmenter son stress, et il arrivera un moment où elle ne sera plus capable de le dominer. " Il pointa un doigt en direction de la selle carbonisée : " Vous imaginez ce qui se passera quand ça se produira ? " Il constata que son argument n'avait pas été sans effet : Patricia Hartling ne riposta pas, et son irritation sembla retomber d'un cran.
" Très bien. ", marmonna-t-elle enfin. " Qu'est-ce que je devrais faire, d'après vous ?
- Permettez-lui de sortir ; nous pourrions aller nous balader du côté du Golden Gate Park : je suppose qu'Athena ne s'attend pas à nous y trouver. "
L'agent fédéral actionna son briquet, alluma sa cigarette et en tira une bouffée : " Okay. ", capitula-t-elle. " C'est d'accord.
Mais pas plus d'une heure, vu ? Et n'entrez dans aucun magasin. Au moindre signe suspect, revenez ici en quatrième vitesse, sans chercher à jouer les héros. Compris ? "
Il lui fit savoir d'un geste qu'il n'avait rien contre ces conditions, et il venait de poser un pied sur la première marche du grand escalier bétonné lorsqu'elle l'interpella à nouveau : " Évitez quand même le Golden Gate Park. ", lui conseilla-t-elle. " Choisissez plutôt un endroit un peu moins fréquenté, comme Portsmouth Square ou Bernal Heights Park. "
Il ne jugea pas nécessaire de s'opposer à cette suggestion, et il rejoignit sans tarder le rez-de-chaussée. Quand il arriva, Lauren et Kathy venaient juste de monter dans l'ascenseur. Tandis qu'il s'approchait, il remarqua que la fillette avait encore pleuré.
" Sortez de là. ", leur dit-il joyeusement. " Il y a une petite modification dans le programme.
- Comment ça ? ", s'enquit Lauren, étonnée.
" Qu'est-ce que vous diriez d'aller faire un tour dans Walton Square ? ", lui demanda-t-il seulement.
La psychologue parut abasourdie : " Mais je croyais…
- On m'a souvent dit que j'étais doué pour trouver les arguments convaincants. ", répondit-il. Il sourit : " Finalement, ça devait être vrai ! "
Kathy comprit instantanément ce que cela signifiait, et sa tristesse disparut aussitôt ; elle tira Lauren par la main pour la faire sortir de l'ascenseur et courut presque vers la sortie. Lorsqu'ils poussèrent la porte et se retrouvèrent dans la rue, elle était redevenue une petite fille joyeuse et pleine de vitalité, et toute trace de chagrin avait été chassée de son visage.
David observa les alentours pour vérifier que personne ne les surveillait, puis ils se montèrent en voiture et prirent la direction du square.

Quelques minutes plus tard, ils déambulaient tous les trois dans les allées de Walton Square ; Kathy marchait en avant, et ses cheveux voletaient derrière elle, soulevés par une légère brise. Lauren ne la perdait pas de vue, et elle ne pouvait s'empêcher de se méfier de tous les promeneurs qu'ils croisaient. Maintenant qu'ils se trouvaient en plein jour, loin de toute protection fédérale, elle interprétait mieux l'attitude de l'agent Hartling, et elle commençait même à l'excuser.
Cependant, la joie de Kathy était telle qu'elle ne regrettait pas d'avoir réussi à l'éloigner provisoirement du FBI.
" Je me demande comment cette histoire va se terminer. ", avoua-t-elle brusquement, après avoir répondu à Kathy, qui lui avait adressé un grand signe de la main. " Que pensez-vous de cette organisation ? Que pouvaient-ils espérer faire de Kathy ?
- Difficile à dire. ", répondit David. " Même les fédéraux ont l'air de ne pas le savoir. Mais vu leurs méthodes plutôt expéditives, je doute que leurs buts soient du genre bienveillant… Quand on y réfléchit, elle ferait une arme de guerre redoutable, vous ne trouvez pas ? Qui irait se méfier d'une enfant de son âge ? "
Lauren frissonna ; cette idée lui donnait froid dans le dos.
" Ce que je ne comprends pas, reprit David, c'est la raison pour laquelle leur réseau est si difficile à démanteler. Ils doivent avoir une sacrée logistique, sans parler de leurs appuis… Quant à leurs connaissances scientifiques, elles laissent supposer qu'ils travaillent sur ce projet depuis un bon moment !
- Alors pourquoi le FBI n'a-t-il pas pu intervenir plus tôt ?
- J'avoue que c'est justement ce qui m'échappe. " Il s'interrompit, laissa passer quelques secondes puis changea de sujet : " Est-ce que vous croyez qu'elle pourra retrouver une partie de ses souvenirs ?
- En fait, elle n'a certainement rien oublié. Elle n'arrive tout simplement pas à y avoir accès. Ce qui est arrivé tout à l'heure me laisse penser qu'il y a une chance d'y parvenir, en effet. J'espère seulement qu'elle ne réagira pas systématiquement de cette manière-là. " Elle n'alla pas plus loin : ils venaient de rattraper Kathy. La fillette s'était figée devant un manège constitué de balancelles, et elle observait l'attraction avec fascination. Un gros moustachu à l'air rieur remarqua l'intérêt qu'elle portait à l'attraction et s'approcha d'eux : " Alors, jeune demoiselle ? Je vous offre un ticket ? "
Kathy tressaillit, comme si elle venait de se réveiller en sursaut, puis elle se tourna vers ses compagnons ; Lauren et David échangèrent un regard hésitant, puis le policier se décida et tira quelques dollars de son portefeuille. Le forain leur remit deux tickets, et Kathy se hâta de grimper sur le manège, suivie par Lauren. Elles prirent place sur une des balancelles, imitées en cela par six autres enfants. La musique s'amplifia, le manège se mit en mouvement, et le mécanisme tourna de plus en plus vite, pour le plus grand bonheur des bambins qui s'y trouvaient. Kathy riait aux éclats et levait les bras pour essayer d'attraper le pompon accroché au plafond ; le manège avait atteint la vitesse maximale quand elle parvint à l'arracher, et elle poussa un cri victorieux en le brandissant au-dessus de sa tête. Le rythme se ralentit bientôt, la musique diminua, et les balancelles ralentirent progressivement avant de s'immobiliser totalement. Le moustachu sourit en voyant Kathy lui tendre le gros pompon orange qu'elle avait réussi à décrocher : " Tu es une championne, toi ! ", lui dit-il en récupérant l'objet. Il lui donna en échange un ours en peluche beige qu'elle serra dans ses bras, aux anges. " Est-ce qu'on peut recommencer ? ", demanda-t-elle à Lauren, tandis que le forain allait remettre le pompon à sa place d'origine.
La psychologue hésita ; ils avaient déjà dépassé de quelques minutes l'heure que leur avait accordée Patricia Hartling, et elle se doutait que l'agent fédéral n'apprécierait pas ce retard. Mais David prit la décision à sa place et sortit deux autres billets qu'il tendit au forain. Kathy attrapa s'empressa de se rasseoir sur une balancelle ; elle confia sa peluche à Lauren, et le manège se remit en route au bout de quelques instants.
David s'assit sur un banc situé à proximité de l'attraction et regarda l'heure à sa montre ; ils n'avaient que dix minutes de retard sur l'horaire qui avait été fixé, et il supposait que l'agent Hartling n'hésiterait pas à lui en faire le reproche.
Pourtant, il n'avait pas eu le courage de priver Kathy d'un deuxième tour de manège ; assise sur cette balancelle, au milieu des autres enfants, elle ressemblait vraiment à une petite fille ordinaire. Son regard avait perdu cette expression sérieuse qui la rendait presque adulte, et elle ne songeait plus désormais qu'à s'amuser. Il était persuadé que même Patricia Hartling, si elle avait assisté à la scène, n'aurait pas pu lui refuser ce second billet.
Il repéra à sa gauche un vendeur ambulant qui poussait une grande charrette remplie de beignets et décida d'aller en acheter quelques-uns. Ce n'est qu'à ce moment qu'il prit conscience d'un détail qu'il avait jusqu'à présent ignoré : un grand homme en costume sombre se tenait dans un coin, à côté d'un bosquet, et son attention semblait dirigée vers le manège.
David se détourna de la charrette pour ne plus s'intéresser qu'à l'inconnu ; il portait des vêtements noirs, dénués de toute originalité, et on pouvait distinguer nettement la forme d'un holster sous sa veste.
David ne se posa pas davantage de questions : il se hissa sur le manège qui tournait toujours, ignorant les protestations offusquées du forain, et s'agrippa aux poteaux métalliques pour avancer jusqu'à l'endroit où étaient installées Kathy et Lauren.
" Qu'est-ce qui se passe ? ", lui demanda la psychologue, criant pour couvrir le bruit de la musique.
" Nous avons de la compagnie. ", lui répondit-il. " Il faut partir d'ici, et rapidement.
- Mais…comment nous auraient-ils repérés ?
- Je n'en ai aucune idée, et je préfère ne pas avoir à leur poser la question. Venez ! "
Le manège commençait à ralentir, et la jeune femme se leva, tenant fermement Kathy par la main. La petite avait machinalement récupéré son ours en peluche, comprenant sans mal ce que cet empressement signifiait. L'appareil finit par s'arrêter complètement, et ils se hâtèrent de descendre, profitant de la bousculade. David jeta un bref coup d'œil derrière lui et constata que l'homme en costume avait quitté son poste d'observation ; il le vit articuler quelques mots, et il devina qu'il portait un émetteur qui lui permettait certainement de communiquer avec ses acolytes. Visiblement, il avait remarqué leur fuite et se chargeait d'avertir le reste du comité.
David dégaina son arme : " Filez aussi vite que vous le pourrez ! Il faut regagner la voiture ! "
Lauren n'hésita pas à suivre le conseil ; jamais dans ses souvenirs elle n'avait couru aussi vite. Kathy s'agrippait toujours à elle, tenant fermement son ours de la main gauche. Ils quittèrent l'allée et traversèrent les pelouses, bousculant au passage quelques promeneurs nonchalants. Leur poursuivant était toujours à leur trousse, et il avait été rejoint en chemin par deux autres personnages qui, d'après leur habillement sombre et leur allure antipathique, faisaient eux aussi partie des festivités.
Lauren se concentrait tellement sur sa course qu'elle en oublia de regarder devant elle ; elle chaula dans une branche d'arbre et s'effondra sur le sol, lâchant du même coup la main de Kathy. Elle voulut se relever, mais elle n'y parvint pas et ne put retenir un cri de douleur.
" Continue ! ", cria-t-elle à Kathy. " Cours ! "
Mais la fillette ne bougea pas d'un millimètre et l'attrapa par le bras, essayant désespérément de l'aider à se remettre debout. David réalisa ce qui se passait et revint précipitamment sur ses pas, sans se préoccuper de leurs ennemis, qui gagnaient dangereusement du terrain.
" Vous êtes blessée ? ", demanda-t-il à Lauren, qui s'accrocha à son bras pour retrouver son équilibre.
- Je ne sais pas… Je crois que je me suis foulé la cheville. " Elle parvint tant bien que mal à se redresser, mais ne put avancer : " Je ne pourrais pas marcher, souffla-t-elle.
- Il le faut pourtant. "
Elle prit conscience de la proximité de leurs trois poursuivants : " Continuez sans moi. Il ne faut pas qu'ils attrapent Kathy.
- Ne racontez pas n'importe quoi. ", riposta David, la forçant à passer un bras autour de son cou. " Il est hors de question qu'on vous laisse ici. La voiture n'est pas loin. ", ajouta-t-il pour lui donner du courage.
Ils reprirent péniblement leur course, et l'inspecteur tira par deux fois pour forcer les trois hommes à ralentir leur allure.
En réponse à cela, les individus s'emparèrent de leurs armes ; ces dernières ressemblaient presque à de petits fusils, et elles avaient un aspect étrangement futuriste. Alors qu'ils venaient tout juste de rejoindre le parking, David sentit un projectile d'une nature qu'il ne put identifier le frôler ; il ne chercha pas à en savoir davantage et accéléra encore. Ils atteignirent enfin le véhicule, et Lauren, prenant appui sur la carrosserie, contourna la voiture, pour s'installer à la place du passager. Kathy, elle, se réfugia sur le siège arrière. David, pendant ce temps, cherchait désespérément ses clefs. Enfin, il remit la main sur son trousseau et put mettre le contact. Le moteur capricieux toussota avant de faire entendre un ronronnement rassurant ; les projectiles, qui ressemblaient étrangement à des fléchettes, rebondissaient toujours sur les portières. Les pneus crissèrent lorsque la Ford démarra ; une silhouette se dressa alors sur son chemin, mais David n'hésita pas longtemps devant cet obstacle et, au lieu de freiner, il appuya à fond sur l'accélérateur. L'homme comprit ses intentions, et il s'écarta prestement pour éviter le choc.
Lauren se tourna vers Kathy, qui n'avait pas prononcé un mot : " Tout va bien, ma puce ? "
La petite se contenta de hocher la tête et serra son ours en peluche dans ses bras. La psychologue, rassurée, boucla sa ceinture, ignorant les élancements de sa cheville.
" Comment nous ont-ils retrouvés, d'après vous ? ", demanda-t-elle à David.
" Je suppose qu'ils surveillaient le building. ", répondit-il, abandonnant momentanément la route des yeux. " J'étais pourtant persuadé que nous n'étions pas suivis… Comment va votre cheville ? "
Elle se força à sourire : " Ça ira. Mais je me demande si l'agent Hartling n'essaiera pas de m'étrangler quand nous lui expliquerons ce qui est arrivé. ", ajouta-t-elle spontanément. " Je crois que j'ai sous-estimé nos adversaires.
- C'est bien possible. ", reconnut David. " Mais c'est une erreur que nous ne répéterons pas deux fois. "
Elle approuva en silence, tandis que la voiture prenait la direction du building fédéral.

À SUIVRE…